Les Reportages Cap Vert VTT

Le Raid des 3 jours - Cazilhac / Argelès sur Mer

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Raid Cazilhac / Argelés sur mer – 9 au 11 mai 2008

Photos et chiffres clés :

ETAPE 1 - ETAPE 2 - ETAPE 3

En ce week end à rallonge, je participais à un raid VTT organisé par le club de Cazilhac à coté de Carcassonne. Pour sa treizième année d’existence, les organisateurs avaient mis sur pieds 4 étapes cumulant 240 km et environ 7000m de dénivelé positif. Le tracé montagneux traverse les reliefs du sud de l’Aude et se poursuit dans les Pyrénées Orientales. Quelques lieux traversés pour vous donner une idée de la tache à accomplir : Bugarach, Caudiès, Sournia, Marcevol, Rodès, Serrabonne, Boule d’Amont, Vivès, le Boulou, Le col d’Ouillat, frontière espagnole, Tour de la massanne, Valmy.

J’appréhendais un peu d’enchaîner 4 jours de VTT en montagne avec un rythme et une ambiance dont j’avais seulement entendu parlé sur internet. En prévision j’ai zappé la première étape de 75km (jeudi dernier) pour assurer les 3 autres. Je partais donc à la découverte d’une région que je connais assez peu avec des gens que je ne connais pas du tout mais avec mon « super vélo ». Je m’étais entraîné le plus sérieusement possible pour arriver dans une forme correcte afin de souffrir le moins possible…

Me voila parti vendredi matin de Toulouse à 6h00 en voiture pour Bugarach, difficile d’expliquer où ça se trouve, tellement c’est paumé… 1h40 plus tard j’arrive dans le patelin et retrouve la trentaine de gars et une fille, ils sont au petit déj dans un grand gîte. L’ambiance est franchement détendu mais l’organisation très pro. Un fourgon et deux 4x4 d’assistance, visiblement bien rodés à ce genre de raid. Ils sont 8 à assurer l’intendance et la logistique.

Me voila parti, je me rend compte très vite que je ne suis pas tombé au milieu d’extraterrestres surentraînés. Nous progressons de la façon suivante, le parcours est très légèrement balisé, 2 ou 3 membres de club le connaissent pour l’avoir longuement reconnu, ils nous aiguillent aux croisements. Sylvain, le guide « en chef », 53 ans et 13 raids à son actifs (s’il vous plait) nous impressionnera 3 jours durant par sa connaissance du terrain, il ne sortira pas une seule fois la carte… La seule ombre au tableau, c’est au niveau de la météo qu’il faudra la chercher. Nous passons 90% de la première étape sous une pluie plus ou moins soutenue. Malgré ces conditions difficiles, l’ambiance restera agréable tout au long de la journée. Pour couvrir les 60km et 1600m de D+ du jour il y a sur les coups de 10h00 le « déjeuner » ! Charcutaille, fromage, le rouge et aussi les pâtes de fruits et le coca (moins prisés…).

Nous cheminons à travers des paysages magnifiques, je roule devant pour ne pas subir les à-coups et me réserve un peu car la route est longue jusqu'à la mer, la pluie commence à tomber. Les montées et les descentes s’enchaînent, l’assistance n’est jamais loin. Ici point de chrono, l’ambiance est super sympa, chacun selon ses moyens avance.

Après moult, pistes, portages et descentes techniques nous parvenons à Marcevol, bien rincés ! Nous logeons dans un grand gîte, 40 personnes, participants et assistance comprise. Après le rituel du soir, douche nettoyage du vélo et des affaires tout s’enchaîne, allumage du barbecue, apéro, repas. Nous sommes comme des rois, il n’y a qu’à pédaler et se mettre les pieds sous la table, c’est presque gênant.

Vous devinez facilement l’ambiance joviale au moment des repas où je n’avais jamais entendu autant de chansons paillardes de ma vie…

La nuit est courte et la reprise un peu difficile, mais nous sommes optimiste, il ne pleut pas, nous ne serrons pas trop ennuyé sur cette étape. Comme chaque matin le peloton démarre tranquillement en discutant pour s’étirer au long de la journée. Après un passage dans une vaste zone brûlée il y a 4 ans, nous amorçons une descente aussi redoutable que magnifique par les paysages traversés. Les chênes verts, les genets chargés d’eau de pluie,les figuiers de barbarie sauvages, le granit qui s’effrite sous les roues, un grand moment de vélo. Après la pause repas, nous embrayons comme de coutume sur une grosse difficulté excellente pour la digestion. 7 ou 8 km de piste au pourcentage respectable et voila que les hostilités commencent, et c’est de bonne guerre. Le tempo augmente progressivement, et le peloton perd des unités pour ne plus compter qu’une poignée d’éléments. Veste grande ouverte, plateau du milieu, ça usine méchamment et on assistera à quelques attaques plus ou moins suicidaires. Nous arrivons à un Prieuré planté là en pleine montagne Après un bon quart d’heure culturel (et de récupération) nous partons dans une monotrace à travers le buis. Un sentier de rêve, une carte postale digne des magazines VTT, des dalles de pierre en dévers bien humides, des racines glissantes à souhaits, des épingles, un bonheur pour certain, un calvaire pour d’autre. Je prends là la pleine mesure de mon biclou, je m’étonne moi-même et pense même me convertir au free ride (non je rigole !).

Après la pause repas, nous digérons des lasagnes sur une bosse de 5 / 6 km, je m’accroche et c’est dur, derrière il y a des gars partout. Arrivée en haut je ne sais plus trop où j’habite, je vous passe les mille et uns coups de cul suivants et dans une nième grimpette je laisse partir mes camarades. Je suis sur la réserve et sais qu’il reste encore du chemin pour arriver au Boulou, terme de notre étape. Donc je gère, je mange et je mouline plus souple. Le final approche et nous terminons par une piste en crête rendue collante par les pluies. Un petit groupe se reforme à l’avant et un jeu commence. Tout le monde est sur la plaque, il faut donc se faire oublier dans les dernières positions et attaquer comme un âne pour la gloire et le plaisir de creuser un trou de quelques mètres. Un truc intelligent en somme, je choisis de mettre la mienne au meilleur moment, traversant lamentablement une flaque de boue, ça frise le ridicule et j’ai perdu 3000 calories dans la bagarre. Heureusement nous sommes presque arrivés. Ce soir là nous devions dormir sous tente mais le mauvais temps ayant fait fuir les touristes, des bungalows se sont libérés, nous dormirons donc au sec. Bilan de la journée : 70km et 1500 m de D+. La pluie ne cesse de tomber durant la nuit…

Au matin de la troisième et dernière étape le soleil fait une apparition avant de disparaître dans les brumes. Nous sortons du Boulou pour s’engager sur une longue montée qui va nous amener jusqu'à la frontière espagnole, 20km d’ascension à s’envoyer d’une traite. Le départ s’effectue sur une piste roulante, les jambes tournent bien et le cardio reste sur rythme cool. Passé la pause déjeuner nous poursuivons sur des pentes plus difficiles, jonchées de pierres. Pour atteindre le pic de saint Cristobal, il nous faut franchir une zone ardue, pleine de pierres roulantes, 200m vraiment compliqués où je poserai pied à terre. On se regroupe, et retrouvons un chemin plus facile. Je sens bien que je ne peux pas accélérer mais je grimpe sans souffrir plus que ça, comme si le corps s’était habitué à l’effort. Nous arrivons à un col, il est l’heure de manger, j’enfile une thermique et un bonnet, il y a un méchant courant d’air qui nous saisi. J’avoue, par manque d’expérience, qu’une veste légère et coupe vent m’aurais bien servit, je le saurai pour la prochaine fois… Au menu, du poulet au citron et de la semoule, nous mangeons sur les capots des 4x4 encore chauds. Le redémarrage est rude, l’air froid et humide sur la transpiration, je suis gelé, il me tarde de trouver une cote au plus vite pour refaire chauffer le moteur ! Ça ne tarde pas, et sur les derniers kilomètres nous trouvons encore la force de se tirer la bourre. Nous arrivons devant les barbelés, limite avec l’Espagne, un dernier ravitaillement car l’assistance va nous quitter jusqu'à l’arrivée et c’est reparti pour un portage dans les bois. Un dernier effort sur ce chemin de grande randonnée qui serpente dans les forets de hêtres et nous mettons le cap vers la grande bleu. Nous apercevons des tours moyenâgeuses et au fond la baie de Collioure. La concentration est difficile à garder, le terrain ne laisse que peu de répit. A la croisée d’un chemin nous rencontrons 3 free riders qui nous recommandent une descente au départ de la tour de la Massanne. 20 minutes de portage plus tard nous nous cassons les dents sur ce sentier d’une autre planète ! Heureusement les derniers kilomètres sont plus humains et c’est finalement un joli bouquet final. Bilan de la journée : 40km et 1500m de D+.

Voila pour le coté sportif de l’affaire, mais sincèrement, ce que je retient c’est l’aventure humaine extraordinaire. Quand on partage des moments comme cela, physiquement durs, la pluie, le froid, etc… la nature des gens ressort, l’entraide, la générosité, le sourire, les plaisanteries pour remonter le moral.

Ce sont des moments rares qui marquent. J’étais vraiment ému en les quittant lundi. Je coche ça sur mon programme 2009. Il ne faut pas se laisser impressionner par les chiffres, avec un tout suspendu et un minimum de préparation ce raid est à la portée de nombreux d’entre vous.

Anthony